JOURNEES SOCIALES CEPAS 2019

19. 05. 03
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JOUR 2 : plus de 80 participants ont pris part aux travaux du jour

            Signalons que le second panel, modéré par Me Marie-Madeleine Kalala, a été amputé d’un membre, en l’occurrence le Professeur Sylvain Shomba, retenu en dernière minute par un autre engagement de force majeure. Au menu du panel du jour : la notion de redevablité dans les us et coutumes congolais.

            L’honorable Gilbert Kiakwama kia Kiziki, fort de ses douze ans passés au parlement et de sa riche carrière politique, a lancé la réflexion par la redevabilité dans la politique congolaise. Tout en soulignant que la redevabilité est une notion universelle, il l’a associée à deux autres notions corolaires : le bien commun et la bonne gouvernance.

Mais, que peut-on dire de la politique congolaise en matière de redevabilité ? Le panéliste a épinglé quelques faits déplorables.

(a) Absence de culture politique, qu’il a qualifiée de « péché de Wade » (en rapport avec la critique émise par l’opposant sénégalais d’alors sur les politiciens congolais). Le politicien congolais pense que tout lui est permis, regrette l’honorable Kiakwama.

(b) Héritage du passé et séquelles de la dictature de Mobutu. A l’observation, l’on se rend compte que les politiciens congolais ont rompu les amarres qui les lient au souverain primaire, le peuple. Une fois l’élection passée, les élus se comportent, pour la plupart, comme n’ayant de compte à rendre à personne ! Ils se sont affranchis du peuple qui est supposé les avoir placés dans les positions de pouvoir qu’ils occupent. Autant ces politiciens parlent du peuple, autant ils l’ignorent dans l’exercice  de leur pouvoir!

(c) Contrôle parlementaire : un simple mascara ? L’assemblée nationale dispose d’un règlement d’ordre intérieur qui prévoit tout l’arsenal juridique pour exercer un contrôle parlementaire dans l’intérêt du peuple. Dans la pratique, cependant, ce ne sont que de beaux mots, sans impact réel sur les gouvernants. Dans cet imbroglio entretenu, il ne faut pas non plus compter sur les députés de l’opposition qui sont, pour la plupart, des transfuges du camp du pouvoir. L’on subit alors la dictature de la mangeoire qui semble orienter les choix ou le vote des « élus » du peuple !

Que faire, devant un tableau aussi sombre du microcosme politique congolais ? Le panéliste reconnaît que le pays n’avancera que lorsque les citoyens, conscients de leurs droits civiques, exerceront des pressions sur tout détenteur de la moindre parcelle du pouvoir politique ! Il ne faut donc pas laisser la politique aux seuls politiciens, sinon une sortie de l’ornière restera illusoire.

Le deuxième panéliste, le Professeur Elie P. Ngoma-Binda, a promené les participants dans les méandres des cultures bantu-congolaises pour voir s’il s’y trouve des traces de redevabilité et tenter ainsi de comprendre d’où vient la pourriculture actuelle (entendez, culture de la pourriture et de la corruption, expression forgée par le panéliste). Un examen  de certaines cultures bantu-congolaises montre que la notion de redevabilité ne leur était pas étrangère. Au contraire, les contes, les dictons, les tabous, etc., attestent qu’il existait un régime des sanctions pour sévir les vices, particulièrement le manque de redevabilité. Aussi serait-il erroné de rechercher dans nos traditions la culture de non-redevabilité qui s’installe dans les mœurs (politiques) congolaises. D’où pourrait-elle provenir ? Le panéliste pointe un doigt accusateur à trois tares de la société congolaise : l’avidité économique et capitaliste, la pourriture morale des dirigeants politiques qui ont transformé la politique en une mangeoire et l’impunité. L’une des solutions serait, à l’en croire, la promotion de la culture des sanctions sans complaisance de tout manque de redevabilité dans l’exercice d’un pouvoir politique ou d’une fonction publique !

            Comme le premier jour, les échanges se sont poursuivis en ateliers où des questions précises ont été abordées dans la perspective des recommandations finales à formuler.

De gauche à droite : Honorable Gilbert Kiakwama, Me Marie-Madeleine Kalala et Prof Ngoma-Binda